Art as life ou comment je vois le monde *

Publié le Vendredi 4 décembre 2009 15:42
par Thierry Raspail
Art as life ou comment je vois le monde *
Le directeur artistique de la Biennale fait une pause à Lyon et parle de Veduta et Résonance...

Revenons à la Biennale - je veux dire à celle de Lyon. Résonance, ça s'est passé le jeudi 19 novembre dernier un peu partout en ville. Ça commençait vers 17h au Musée urbain Tony Garnier mais certains sont heureusement arrivés plus tôt pour échapper aux discours. Une expo boosting-biennale concoctée par Veduta et le Musée d'art contemporain de Lyon accueille le chaland : black & white, sur deux étages, comme à New York sur la 26e, mais ici c'est aux Etats-Unis (dans le 8e à Lyon). Un titre définitif : résurrection. Elle est au cordeau, conçue par Hervé Percebois, accrochée par Samir et sa bande de pros, avec des artistes idoines et des œuvres itou : le professeur suicide, la lumière cistercienne, etc. Et un super Christ en croix maori de Greg Semu (version alter-tatoo, hostie à tous les étages). L'expo est à un saut de puce de Véhicules, qui s'est achevée le 22/11 à Vaulx-en-Velin (Centre Charlie Chaplin) et à une encablure d'Animaux animaux (Centre nautique de Décines) - voir www.biennaledelyon.com, section Veduta.

A ce sujet (et contre l'avis de Churchill : «no cigares no sport»), louons l'amicale des maîtres-nageurs de Décines, comme on dit dans la sainte Bible (un club plus sélectif encore que le Groucho, Dean St, London). Les maîtres de la brasse et du papillon se sont emparés mentalement d'une œuvre de Philippe Parreno (Biennales 1991, 1995, 2003 et 2005) et Pierre Joseph (Biennales 1991 et 2007) exposée dans leurs murs pour en faire rien de moins qu'un nouveau sport : le Snaking. L'œuvre vidéo raconte l'histoire d'un mec, la petite trentaine, qui décide, après Calvino, d'arrêter de marcher. Il en a marre : il rampe, puis, amphibie, il ondule dans la flotte. De cette anecdote «à forte implication métaphysique» (Harry Bellet, Le Monde diplomatique, juillet 2011) nos amis les maîtres nageurs assermentés du liquide ont entrepris de proposer à leurs ouailles du bassin olympique des cours de Snaking avec queue de sirène synthétique fournie. Résultat : succès immédiat, 15 hybrides mi-chair mi-poisson se sont précipités à chaque séance. Heureux présage, Veduta organisera en 2011 les premiers olympiques de Snaking...

Du foot à 5 côtés

A propos de sport (et d'art), Veduta, associée au collectif Pied la Biche, a organisé le 31 octobre dernier le premier tournoi mondial de foot à 3 équipes simultanément sur un terrain à 5 cotés (avec trois cages, trois arbitres, trois tiers de temps). L'objectif : substituer la dialectique Hégélienne à la trialectique de Jorn et l'appliquer au foot. (Asger Jorn, Cobra, eh oui : un artiste, situationniste et pauvre).

Ça se passait à Vénissieux, stade Laurent Gerin, beau temps, pelouse en parfait état. Chaque équipe composée de cinq joueurs avec deux remplaçants joue trois tiers de temps de 15 mn. L'équipe gagnante est celle qui encaisse le moins de but. Pour le reste, sauf le hors-jeu qui n'existe pas, c'est en gros comme au foot, sauf qu'on est trois (c'est à dire quinze),et que par conséquent il faut négocier sans cesse, prévoir des retournements de situation, soigner ses alliés, ne pas en vouloir aux traitres qui peuvent être des vôtres sur le but suivant, etc. Sept équipes se sont engagées, soit sept matches et une finale : Galactiques 69, A.S Montchat avec A.S Minguettes, U.S Venissieux, U.S Vilette d'Anthon, avec A.S Charreaud... et l'équipe mystère. Le premier tiers temps du 1er match est un peu ennuyeux. Les équipes jouent à la baballe, driblent, se font des passes comme au foot. Mais l'AS Minguettes impressionne par sa maîtrise et sa technicité. Dès le 2e tiers temps c'est parti : on a repensé la stratégie, les plans de jeu et les alliances se retournent ; la balle circule de façon totalement inattendue. A la fin du 1er match, les Minguettes l'emportent avec 0 but. Tout au long de la partie, sur la touche, l'animateur-vedette, synthèse post-moderne de Thierry Rolland et de Roger Couderc (avec fine moustache et melon) s'époumone, commentant les actions avec force jeux de mot plus ou moins réussis. Il ressemble à s'y méprendre à Freddy Mercury (avec une gestuelle de Maigret - celui de Simenon - et les vocalise d'Aznavour). Le 2e match décolle sur les chapeaux de roue : le goal de l'équipe mystère prend deux buts en 37 secondes. Au final, les meilleurs buteurs seront Mendji, Steve, Rochdi, Kawiar, Nadjin, Wissam, Cognard, Florian, Hassan et Deniz. Résultat, l'AS Minguettes l'emporte, gagne le trophée réalisé par Pied la biche et l'équipement offert par Veduta, ainsi que des entrées pour le match OM/OL offerts par l'OL.
Bravo les footeux ! On a vu des types techniques et créatifs, tout cela avec le plus grand sérieux et un bel humour (en fait on a pas vu un match mais une perf', comme on dit dans les musées. Et à chaque tiers temps il y avait toujours les sandwich aux pains peints). En principe, en 2011 on refait la même chose avec le LOU et Givors, parrainé par Olivier Ginon (mécène de la Biennale, président de GL Events, collectionneur d'art, et futur président à vie du LOU/Bourgoin enfin réunis pour le top 14).

Et la Nuit Résonance ?




Après les Etats Unis, ça se passait au quartier d'Ainay, plus précisément au Musée des tissus qui inaugurait sa 2e biennale de créations textiles contemporaines et recevait ce soir-là le top de la fibre et des textiles créatifs. Maria-Anne Privat-Savigny, conservateur en chef du Musée et Marie-Hélène Guelton, co-comissaire de la Biennale, ont fait un travail formidable : 12 artistes, des coussins qui clignotent, des roses en papier qui s'emportent, des robes-armure qui parlent (presque). Ne manquez pas cette seconde édition à qui nous prédisons un avenir radieux (ne ratez pas non plus la boutique du Musée, probablement la meilleure de Lyon pour les fêtes de fin d'année.)
Puis Résonance se passait à la galerie des Terreaux avec le CAP de St Fons qui présentait Populaire/populaire, conçu par Roberto Martinez, leader maximo de UN NOUS (groupe cubain démocratique) ; s'y trouvaient également l'Espace d'arts plastiques de Vénissieux avec un film de Samuel Aubin, la MLIS de Villeurbanne avec une oeuvre de Samuel Rousseau et Octavio le graffeur fou, assistant de Rigo 23, qui avait déjà recouvert le wagon à la Sucrière et la barrière de chantier au Musée d'art contemporain pour l'ouverture de la Biennale. Rue du Plat, on a bien aimé l'expo de Pouillet, la BF15, et évidemment la rue Burdeau, sur les pentes, avec beaucoup d'artistes, des chips et du côte-du-Rhône. Tout cela s'achevait à la Plateforme où s'agitait Corpi e Spazi et où imagepassages projetait des vidéos, où Blue Baboon et Agalops mixaient, où Dominique Gillot parlait... On y a croisé des critiques de l'AICA qui généralement refont le monde à défaut de refonder l'art.

Sympa et pro : la pluie de Tsang Kinwah (visible à la Sucrière et à cette occasion projetée sur les bâches de la Plateforme) est très réussie. A refaire plus tard avec des feux d'artifice...

Le 18 novembre, la veille, on était tous à l'hosto, pour l'expo all saints, super, avec le Gentil Garçon, Lilian Bourgeat, Olaf Nicolai, Pierre Ravelle-Chapuis, Magali Lefebvre et l'artothèque du Centre d'arts plastiques de Saint-Fons (bravo pour les superbes lithos de Peter Downsborough - au fait avez-vous acheté son carré noir à la dernière FIAC en série illimitée à 50€ ? Il faudrait qu'on expose prochainement nos deux pièces : celle de 100 m² « re pro voque » et le mur « no limit » qu'on a prêté il y a des lustres à Lodz. Seul bémol à cette expo formidable : le titre, all saints, encore une concession à l'anglais (l'anglais c'est formidable ce n'est pas le problème, mais pourquoi ne pas donner des titres français ? Est-ce trop local ou trop french théorie ? Toussaint aurait été tellement mieux, l'aventure en valait la peine, et puis dans un hosto ça tombe toujours bien... (Hôpital St Joseph St Luc, jusqu'au 3 janvier, avec Georges Kepenekian au bistouri).

Demain, on parlera de Porto Allegre et de Bamako !

* Performance d'Einstein et La Monte Young 1963 dans le loft de Yoko Ono avec Prandi Pran Nat et Nerou aux percussions

  • Commentaire du Dimanche 20 décembre 2009 14:03 par hemain
    Un blog, evidemment!
    Ah! quel brio, j' ai bien ri, et tout ce sens qui se présente immanquablement au portillon. Et moi qui croyait que l'on vivait dans le desert;Eh non! il y a le "quotidien".Mais vous appartient-il?
    N' est-ce pas en fin de compte -d' art nucléaire- qu'il sagit?La notion d' art agissant a l'instar de l'atome dans l'industrie nucléaire.Là c'est de l'électricité qui est produite, tandis "qu'ici", c' est de l'art contemporain, d'une centrale a l' autre...
    Il est en effet dificile de trouver légitime le terme "d'exposition" que vous revendiquez car cela signifie que la chose éxposée, existe ou préexiste a son "exposition" justement.
    Mais pourquoi cette défiance persistante vis a vis de l'oeuvre-d'art?
    Veduta est un refuge hasardeux,méme si "le discours sur l'art s'installe", il se peut que vous enfonciez des portes ouvertes.
    bonne pause.
Laissez votre commentaire :