La 3eme main

Publié le Lundi 21 décembre 2009 11:35
par Thierry Raspail
La 3eme main
Un petit tour en Afrique pour le compte-rendu de la Biennale de Bamako...

A Dakar l'an prochain, il y aura Dak'art, la biennale africaine dirigée par Ousseynou Wade, qui résiste à l'usure. A Bamako cette année, il y a les Rencontres - Biennale Africaine de la photographie. La 9e s'ouvre plus encore à la vidéo - c'est bien, parce que la photo, bon... Cette année elle s'intitule Frontière (titre un peu politiquement bateau). Mais au moins lisible ("ce n'est pas comme à Lyon en 2007", me souffle Olivier Cena, qui vient d'apprendre à lire). Deux commissaires : Michket Krifa, très pro, sobre, communiquant ; et Laura Serani, cool et sympa. Au centre, Samuel Sidibe, boubou bleu, délégué général des 8e Rencontres, et directeur du Musée National, offert par Giscard et la France au Mali au début des années 80. Jean-Loup Pivin en est l'architecte, Pierre Gaudibert en est l'expert et c'était aussi mon patron de l'époque ; il m'avait envoyé faire la scéno de la première expo : Karité, Senoufo, Bamana, Bozo, Dogon, N'Domo, dictature africo-soviétique, avec Claude Ardouin à la direction du Musée. On l'avait ouvert à l'arrache, les vitrines trop petites pour les masques Senoufos sont devenus des socles, tandis que les socles en banco stabilisé, envahis par les termites, bouffaient les balafons. En quelques 20 ans, le successeur de Claude, Samuel Sidibé, a fait du Musée une référence absolue (même Michel Côté, directeur du Musée des Confluences, le consulte - c'est dire !). Le Musée National a doublé de volume. Les vitrines sont désormais ok, les secrétaires sont passées de la machine à boule à 2 doigts à l'ordi plein de clavier. Il y a même un resto et une boutique. Les 8e Rencontres/ Biennale se tiennent majoritairement au Musée, mais aussi au palais de la culture, au CCF (Centre culturel français) à l'INA (Institut National des arts), au Musée du district ...
On a y revu Zanele Muholi des townships du Cap, que l'on avait croisé là-bas avec le même chapeau, et on a salué le roi Toguo, majestueux, l'international Attia (il était aussi à Thessalonique) et le futé Fatmi (Mounir pour les dames), qui bosse sur et avec les Black Panthers. Belles expos : Malick Sidibe, La Sape, Fazalsheikh, mention particulière pour Karel Prinsloo (Ben, l'artiste bavard de Nice, lui aurait donné au moins 6/10), le tout sur une scénographie de Joel Andrianomearisoa.

On n'a pas parlé de Soulages au MNAM...

L'homme du noir, dommage. Il reste quelques catalogues de l'expo qu'on a faite au début des années 80 au MAC Lyon avec toutes les œuvres tendues dans l'espace recto-verso, comme à Houston, mais 20 ans après. Dans ce catalogue se trouvent des essais importants et inédits de Pierre Encrevé (le chargé du catalogue raisonné, et aussi linguiste), de Clément Rosset, le philosophe du Réel et de la surface, un peu oublié aujourd'hui (cf. Le réel, traité de l'idiotie, Paris, Minuit 1980), d'Henri Meschonic (le roi du rythme), et surtout de Georges Duby, le médiéviste essentiel (ami de Pierre et spécialiste de la gastronomie du 12e/13e). Le premier d'entre vous qui se signale a droit à un exemplaire. Pourquoi Bernard Lamarche-Vadel ne supportait-il pas Soulages? Peut être parce qu'on a trop entendu ses anecdotes du brou de noix, de la tache sur le mur, de la lumière? Peut être pas! Si vous n'avez pas podcasté l'émission de France-Cul avec Charles Juliet et Soulages, tant pis pour vous. A la suite de quoi les Blacks, qui exceptionnellement jouaient en blanc, ont écrasé les Bleus (que pensez vous du pack et de la charnière bleue?).
A part ça, au MAC, on achève le catalogue Alan Vega avec des interviews inédites de Martin Rev, Edit DeAK, Ric Ocasek, Henry Rollins, Marc Hurtado etc. Guettez la sortie. Et en attendant, si vous ne l'avez pas encore fait, achetez le dernier Pascal Comelade (qu'on avait invité, eh oui, le temps passe, à la Biennale 199.) Il n'est plus tout jeune mais toujours excellent... Tout comme Soulages, Detienne, Roubaud...
Heureusement Nicolas (Bourriaud), Jérôme (Sans, Bel), Eric (Troncy) Xavier (Douroux), Franck (Gautherot), Stéphanie (Moisdon), HU (Obrist) et bien sur Hou Hanru, sont toujours fringants, jeunes et beaux (quel âge a Hou Hanru ? Deux entrées pour la prochaine Biennale à celui qui répond en premier). Citez trois ouvrages de Boris Groys (2 entrées également).

On prépare enfin la rétrospective de Ben, intitulée Trip-tease intégral, qui ouvre au MAC le 3 mars prochain (devinez qui va faire le strip-tease en question le soir du vernissage ?). Venez nombreux ! Et joyeuses Fête à tous...

       

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