La galerie de la Biennale

Une longue table de granit, des murs courbes et semi-circulaires. The Moving Garden (« Le jardin en mouvement ») est probablement moins une sculpture qu’un site, un lieu qui accueille chaque jour des fleurs fraîches. L’alliance du minéral et du végétal n’est évidemment pas fortuite : le visiteur est invité, durant certaines heures chaque jour différentes, à prendre l’une de ces fleurs. Mais voilà, à deux conditions : qu’il accepte de faire un détour sur le chemin du retour et qu’à un moment où un autre de ce détour, il offre cette fleur à un inconnu qui pourrait se réjouir d’un geste aussi inattendu. Inspiré par le livre « The Gift » de Lewis Hyde, Lee Mingwei crée ainsi une situation qui modifie les relations de l’échange (le plus souvent) marchand en nous demandant d’effectuer ce simple geste pour démontrer le vrai sens de la création : pendant toute la durée de la Biennale, à Lyon et probablement ailleurs, de parfaits étrangers se voient ainsi connectés les uns aux autres par la grâce d’un acte ordinaire.

Avec le soutien de Lombard-Freid Projects, New York ; du Conseil des affaires culturelles de Taïwan et du Centre culturel de Taïwan à Paris.

Activation de la pièce tous les jours à partir de 14h.

Mingwei LEE
The Moving Garden, 2009
Photos: Blaise Adilon
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Musée d'art contemporain
3ème étage
Comment y aller ?
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L’Histoire de la Biennale de Lyon

 

Thierry Raspail

Directeur artistique, Biennale de Lyon

 

Les trois premières éditions de la Biennale de Lyon - 1991, 1993, 1995 - s'inscrivent dans une perspective largement historique de laquelle sont tirées les problématiques, enjeux et thématiques.
La première intitulée « L'Amour de l'Art » choisit de faire l'état des lieux de la création en France. Biennale délibérément à contre-emploi, elle constate que depuis l'exposition dite « Pompidou » (Paris 1969), aucun projet d'envergure de ce type en France n'a été imaginé. Or, depuis 1981, l'impulsion nouvelle donnée à l'art contemporain sur l'ensemble du territoire, avec la création des FRAC, des centres d'art et la restructuration des musées, l'institution a pratiqué une importation massive d'oeuvres, contribuant en cela au désenclavement français, mais participant du même coup au déséquilibre de la balance culturelle, l'exportation française s'avérant inopérante. Quelques années avant la triennale parisienne, la Biennale de Lyon, en ouverture, souhaitait explorer « la force de l'art » en France.
Sur une scénographie de Patrick Bouchain, 69 artistes, chacun disposant d'un espace équivalent de 120m² fermé par une porte, réalisent 69 productions inédites : Arman, Cesar, Robert Filliou, Pierre Soulages, Erik Dietman, mais aussi Fabrice Hybert, « La vérité » (Dominique Gonzalez-Forester, Pierre Joseph, Bernard Joisten et Philippe Parreno), Pierre & Gilles, Sophie Calle, ou encore Alain Sechas...
Cette première édition accueille 73 000 visiteurs en 4 semaines et réalise une audience européenne. Elle matérialise le potentiel de Lyon et de son public, elle est une étape considérable dans la mise en place de la structure.
La seconde biennale, en 1993, surfe également sur le contre emploi, prend à contre pied la création internationale en ne correspondant pas aux critères normalisés des biennales internationales.
Un projet ambitieux : 7 ans avant la fin du siècle, il s'agit de réexaminer l'art du 20ème siècle à la lumière du couple « Dada/Fluxus ». L'objet de cette opus, à partir de la question des limites posées par les avant gardes historiques (objet manufacturés, ready-made, monochrome, Art et vie...) consiste à problématiser la question des liens entre art visuel, poésie, champ sonore, gestuel et performance.
La biennale intitulée « Et tous ils changent le monde » (Julian Beck) construit un itinéraire inédit de Marcel Duchamps, Kurt Schwitters, Kasimir Malévitch, à Jean-Michel Basquiat, et Andy Warhol, John Cage, William S. Burroughs, Ilya Kabakov, Bill Viola, Bruce Nauman, Imi Knoebel, David Hammons.
En 1995, à la faveur du bicentenaire du cinéma (Frères Lumière), la Biennale retrace l'histoire courte, qui en une trentaine d'années, conduit des premières expériences artistiques sur téléviseur (Wuppertal 1963), à l'interactivité et au haut débit. Le Musée d'art contemporain, inauguré pour l'occasion, coproduit avec la Biennale un ensemble de pièces historiques disparues : Nam June Paik, Vito Acconci, Dan Graham, Peter Campus, Dennis Oppenheim, ainsi que de nouvelles productions de Rirkrit Tiravanija, Dumb Type, Carsten Höller, Douglas Gordon, Tony Oursler, Pierre Huyghe.
En 1997, Harald Szeemann assure le commissariat de la Biennale de Lyon et accepte de travailler sur la problématique de « L'Autre ». C'est selon lui le « das », le neutre. Il en fera son titre.
Harald Szeemann fait de la Biennale de Lyon l'un des enjeux majeurs de la recomposition des critères en cette fin du 20ème siècle, en confrontant des pièces monumentales (Katarina Fritsch, Chris Burden, Richard Serra) à des travaux plutôt associés à l'art brut. Il fait d'ailleurs du Facteur cheval, régionale de l'étape, l'emblème de « L'Autre », qui ouvre sur Chen Zhen aussi bien que sur Emery Blagdon, Eugène Von Bruenchenhein et Elisar Von Kupffer dont les oeuvres flirtent avec un fort mysticisme.
Et il présente pour la première fois en Europe un large ensemble d'artistes chinois, expérience qu'il reconduira avec le succès que l'on sait deux ans plus tard à Venise.
1997 marque une nouvelle étape dans l'histoire de la Biennale, Harald Szeemann démontre que face aux structures fortement historiques et charpentées que sont La Documenta, la Biennale de Venise, ou Münster, Lyon peut largement tirer son épingle du jeu en affirmant sa volonté de penser en terme global (à l'époque le terme n'ayant pas encore acquis son statut de lieu commun) et de pluriculturalisme.
2000, la Biennale de Lyon se tient exceptionnellement une année paire pour honorer les trois zéros. Au seuil du troisième millénaire, la 5ème édition s'interroge sur la validité de l'art et des multiples applications du terme à l'échelle de la planète notamment lorsqu'il est plaqué sur les productions matérielles d'ères culturelles qui échappent aux critères occidentaux.
Cette Biennale s'intitule « Partage d'exotismes » et traite de la question à la fois traditionnelle et centrale des liens entre universel et relatif. Un comité d'anthropologues parmi lesquels Marc Augé et Alban Bensa, est associé au projet artistique. Le commissariat est confié à Jean Hubert Martin qui, quelque 10 ans auparavant commettait « Les magiciens de la terre », objet de toutes les polémiques.
140 artistes sont invités. La Biennale ouvre avec une oeuvre commune de Sol LeWitt et Ester Mahlangu, et rassemble notamment des artistes tels que Navin Rawanchaikul, Takashi Murakami, Cai Guo Qiang, Georges Adeagbo, Gedewon, Kallatte Parameswara Kurup, John Goba.
2001, retour aux années impaires. La Biennale ne dispose que d'un an. Une équipe de 7 commissaires composent « Connivence » qui traite de la convergence entre les arts : jeux vidéo, chorégraphie, photographie, cinéma, littérature, musique avec des artistes comme Jérôme Bel, Marco Berrettini, Xavier Le Roy, William Eggleston, Adrian Piper, Steve McQueen, Kolkoz, Robert Wyatt...
« C'est arrivé demain » en 2003 marque la nouvelle implantation de la Biennale en plusieurs lieux, parmi lesquels la Sucrière, entrepôt industriel réhabilité et le Musée d'art contemporain.
Le commissariat est confié au Consortium qui ouvre ainsi une trilogie consacrée à la question de la temporalité. Cette problématique est en partie liée à la multiplication et au succès considérable des biennales dans le monde, qui sont plus de 110 à l'époque, et présente une image actualisée de l'actualité artistique internationale, à la manière d'un flux permanent. Lyon s'interroge légitimement sur ce phénomène qui semble générer une actualité incessante et infinie, dans le cadre d'un régime d'historicité produit artificiellement pour et par le système d'exposition. C'est aussi le moment où la Biennale redevient automnale après 3 éditions d'été.
La 7ème édition de la Biennale accueille par exemple : Mike Kelley & Paul McCarthy, Tim Head, Katarina Fritsch, Steven Parrino, Larry Clark, Yayoi Kusama, Catherine Sullivan, La Monte Young, Bridget Riley, Ugo Rondinone...
En 2005, le tome 2 de cette nouvelle trilogie est assurée par Nicolas Bourriaud et Jérôme Sans. Il s'intitule « L'Expérience de la durée » et associe les oeuvres de la collection du musée (La Monte Young, Terry Riley, James Turrell) à des pièces spectaculaires (Martin Creed, Kader Attia, John Bock, Erwin Wurm, Kendell Geers) mais aussi redécouvre Tony Conrad, expose Robert Crumb, et réalise une pièce monumentale de Daniel Buren acquise par le Musée d'art contemporain.
En 2007, avec « L'histoire d'une décennie qui n'est pas encore nommée », Stéphanie Moisdon et Hans Ulrich Obrist, convient 50 commissaires du monde entier à choisir une oeuvre qui incarne la décennie. C'est un enjeu qui porte sur la question de l'actualité et c'est un pari sur l'histoire. Parmi les artistes invités : Josh Smith, Kelley Walker, Urs Fischer, Tomas Saraceno, Hilary Lloyd, Nathaniel Mellors, Sheela Gowda, Ryan Gander, Tino Sehgal, Wade Guyton. Le prix Only Lyon est décerné à Seth Price, et à Jennifer Allora & Guillermo Calzadilla.
9 éditions par cycle de 3, l'histoire, le global, la temporalité. La 10ème édition s'intitule « Le Spectacle du quotidien ». Elle est signée Hou Hanru (commissaire), et Thierry Raspail en assure la direction artistique.

Inoubliable

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La Biennale de Lyon est un événement des Biennales de Lyon

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